LA PRINCESSE ET SON PHILOSOPHE

La princesse et son philosophe offre une mise en scène de la correspondance entre le philosophe Descartes et la Princesse Élisabeth de Bohème, de Francis Marchal.
Interprété par Elsa Romano & Yves Mugler

LA CORRESPONDANCE DE DESCARTES ET ÉLISABETH DE BOHÈME

Une merveilleuse rencontre

La mise en scène, dans cette pièce, de certains moments de la correspondance entre Descartes et la Princesse Élisabeth de Bohême, traduit  ce désir de faire vivre à un large public, la présence vivante sur les planches de cette rencontre entre le plus grand philosophe du 17ème siècle et une jeune femme philosophe d’une intelligence et d’une culture exceptionnelles.

L’incarnation  physique d’Élsa et d’Yves, la richesse et la modulation des voix donnent à ce spectacle  une intensité dramatique très particulière. Les tonalités des multiples registres de ces paroles, nous mettent en présence d’une intense proximité faite de la demande d’humanité provoquée par la rencontre du visage de l’autre.

Elsa Romano pour la Princesse et son philosophe
Elsa Romano
Yves Mugler pour la Princesse et son philosophe
Yves Mugler

Mais, après cette harmonie, un  trouble commence aussi à se faire entendre de plus en plus, dans le bruit et  la fureur de l’histoire et les dissonances d’une séparation qui se change en destin.

ÉLISABETH DE BOHÈME

La princesse et son philosophe, lecture en public
Elisabeth de Bohème

Élisabeth de Bohême n’a pas encore 25 ans quand elle écrit, en mai 1643, sa première lettre à Descartes qui lui a 47 ans. Fille d’un roi déchu, Frédéric V, Électeur palatin qui ne put régner que quelques mois sur son royaume  de Bohême, d’où son sobriquet : le  « souverain d’un hiver », et d’Élisabeth Stuart, fille du roi  Jacques premier d’Angleterre.  Cette  famille royale, proscrite de Bohême, avait dû trouver asile en Hollande à La Haye, et s’efforçait de reconstituer une vie de  cour brillante, en  organisant  fêtes et parties de chasses joyeuses, sans se soucier de leurs finances et des créanciers qui les accostaient parfois dans la rue pour exiger le paiement de leurs dettes….

Élisabeth fut élevée, avec ses cinq frères et ses trois sœurs. Sa position d’ainée lui conférait  la charge symbolique et réelle de seconder sa mère, surtout après la mort de son père en 1632.

Selon ses contemporains, sa beauté était parfaite : cheveux noirs, le teint vif, les yeux bruns et brillants, la bouche belle et vermeille, les dents admirables et le nez aquilin et menu. Cependant, en cas de  forte émotion, son nez sujet à rougir, la chagrinait beaucoup, elle se cachait dans ces moments même de sa mère !

À la suite d’une excellente éducation, elle avait appris six langues dont le français, elle pratiquait  les  mathématiques,  la physique et suivait avec curiosité les recherches scientifiques de son époque. De plus, elle était  philosophe et entretenait un fort attrait pour la politique.

RENÉ DESCARTES

La princesse et son philosophe
René Descartes

René Descartes, philosophe déjà grisonnant, au moment de leur première rencontre à La Haye en 1642, partageait  avec elle le sentiment de l’exil, même si celui-ci restait  choisi pour lui  et forcé pour elle. Sa volonté de  résider hors de France depuis une quinzaine d’années, résultait d’un  besoin de vivre et de  philosopher plus librement dans ce lieu – la Hollande, qu’il espérait plus paisible et plus tolérant. Avec ses publications à partir de 1637 du Discours de la méthode, puis des Méditations métaphysiques en 1641 et des Principes de la philosophie en 1644 – dédicacés à la Princesse Élisabeth- notre philosophe avait  déjà produit l’essentiel de ses découvertes philosophiques et scientifiques.  Il était connu, reconnu et parfois aussi dénigré dans toute l’Europe savante de l’époque.

UNE AMITIE D'EXCEPTION

Tout se passe comme si chacun des deux personnages se trouvait dans un moment de sa  vie, et de son œuvre pour le philosophe,  où cette rencontre avec l’Autre était devenue ce qui ne pouvait pas ne pas avoir lieu.

Parce que c’était elle, parce que c’était lui, cette pièce nous donne à voir l’histoire d’une  exceptionnelle amitié.

Derrière les harmoniques d’une si parfaite proximité, se profile aussi de manière insidieuse mais insistante, les signes prémonitoires d’une fatale séparation.

Pour Descartes, ce moment de sa vie  correspond à de vaines et féroces polémiques avec des théologiens d’Utrecht, et aussi à d’incessants débats et à de violentes querelles causés par  la nouveauté de ses idées.

Élisabeth représente à l’opposé, la figure de la correspondante exemplaire, qui non seulement cherche véritablement à comprendre son philosophe, mais le conduit par ses questions et remarques critiques à approfondir et à modifier ses idées.

De plus, très vite, s’installe entre eux une profonde amitié, d’autant plus vive qu’elle surgit malgré les exigences d’une relation sociale très corsetée…

Enfin, on peut être philosophe, mais néanmoins homme : que devons-nous  penser du compliment qu’il lui adresse le  21 mai 1643 : « J’aurais eu trop de merveilles à admirer en même temps voir  sortir des discours plus qu’humains d’un corps si semblable à ceux que les peintres donnent aux anges ». Serait-il impensable qu’il se fût épris d’une « personne incomparable » qui, par surcroît, entendait sa philosophie à merveille ?

Pour Élisabeth, cette période correspond  aussi à de très douloureuses épreuves en relation avec les mésaventures et les drames des membres de sa famille. Calviniste convaincue, elle éprouve un violent déplaisir de voir son frère Edouard se convertir en 1645 par pur opportunisme au catholicisme à l’occasion de son mariage.

Plus grave, un an après, un scandale éclabousse sa famille : sa sœur la Princesse Louise – Hollandaise ayant  été « séduite » par le comte de l’Epinay, après un duel manqué, celui-ci est assassiné, par des hommes de main à la solde d’un autre frère d’Élisabeth, le prince palatin Philippe !

La réputation de la famille palatine tout entière étant compromise, Elisabeth doit alors quitter la Hollande. Autre drame à peine pensable, son oncle maternel, le roi Charles premier d’Angleterre, sera décapité publiquement à Whitehall, à Londres, en 1649.

Descartes va vite devenir son philosophe et son meilleur médecin : l’interlocuteur privilégié d’une sorte de liaison thérapeutique. Elle n’hésite pas à lui confier ses faiblesses, les symptômes de son tempérament mélancolique et elle se félicite des remèdes proposés. Grâce à lui  elle est plus heureuse : en 1645, elle lui confie : « Je prends goût à la vie depuis que j’ai le bonheur de vous connaître ».

TÉMOIGNAGES

Une mise en scène en théâtre élégante et judicieuse.
D. Kambouchner

Un aperçu abordable et profond de la pensée de Descartes.
D. Moreau

Un échange unique dans l’histoire de la philosophie.
D. Antoine-Mahu


Renseignements & programmation

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